Abuser du bon
Abuser du bon

Est-ce que j’ai soif?

On va se le dire: il y a une pression à boire. Je ne vous apprends rien: l’alcool prend une très grande place dans nos rapports sociaux, peu importe le moment de l’année. La norme, c’est boire. Et bizarrement, trop boire est souvent mieux perçu que de ne pas boire du tout dans certains milieux. Mais heureusement, cette réalité est en train de changer par le travail acharné de groupes comme Soberlab ou d’événements comme le Sober November ou Le défi 28 jours sans alcool.

Une relation chargée

Notre relation avec l’alcool — tout comme notre relation avec la nourriture — est très intime et souvent émotionnellement chargée. Cesser complètement de boire, ne plus boire la semaine, limiter ses consommations, se donner le défi de la sobriété quelques fois par année: toutes les options se valent, à mon avis. La plus importante question à se poser est la suivante: suis-je confortable avec ma consommation d’alcool?

Si ça grince, si ça pince dans le coeur, si une petite tempête se soulève dans votre poitrine, il est peut-être temps d’adresser cette question avec compassion, amitié, curiosité et amour pour vous-même.

Boire: un verbe, plusieurs options

La dépendance est une vermine sournoise qui se taille une place sans qu’on s’en rende trop compte. Avant qu’elle n’infeste totalement, elle se pointe juste assez souvent pour qu’on devrait y porter attention, et quitte juste au bon moment avant que l’on sente qu’on a perdu pied. Mais lorsque nos choix ne sont plus intentionnels et qu’ils tendent vers l’automatisme, là on doit réellement s’arrêter et faire une prise de conscience. Le signal: si l’on arrive pas à dire non, ou à faire un autre choix dans nos occasions de consommations régulières. Là, l’automatisme, ou le geste inconscient, a pris le dessus. Et dans l’inconscient, les choses se cristallisent et s’enracinent. Nous ne pouvons transformer que ce que nous apportons à notre conscience.

Les questions d’usage

Je crois fermement que pour changer ses habitudes il faut les observer objectivement sans porter de jugement, adresser les causes profondes et trouver des alternatives. Avec intention, on stoppe son élan vers la bouteille et on se pose quelques-unes des questions suivantes (ou les variantes qui font le plus de sens pour votre situation):

  • Comment je me sens? gonflé(e) à bloc, énergisé(e), fatigué(e), lessivé(e), l’estomac barbouillé… Ultimement: est-ce que mon corps peut se le permettre?
  • Comment ai-je l’impression que l’alcool influencera ma soirée? en me relaxant, en me redonnant le sourire, en permettant d’aborder un sujet qui me rend mal à l’aise, en me permettant de me dévoiler davantage…
  • De quel type de soirée ai-je envie? de discussions profondes avec des gens inspirants, de faire la fête jusqu’aux petites heures, de faire de nouvelles rencontres professionnelles, de prendre un verre et de rentrer tôt, de me laisser aller au feeling
  • Que constituerais pour moi l’échapper ce soir? rentrer aux petites heures du matin, être à l’envers demain matin, avoir un comportement que je n’apprécie pas de moi-même, dépasser une limite de nombre de consommation que je me suis fixée…
  • Si je l’échappe, quelles seront mes motifs? besoin de m’évader après une mauvaise semaine, inconfort face à certaines personnes qui seront présentes, sentiment d’obligation par rapport à moi ou aux autres, tristesse, chagrin d’amour, inconfort par rapport à certaines personnes présentes…
  • Ai-je quelque chose d’important à faire demain? Si oui, quel est son niveau de priorité sur la soirée qui vient? (se le rappeler aide vraiment à hiérarchiser les plaisirs une fois le premier verre enfilé)
  • Et finalement: est-ce que j’ai envie de boire ce soir et est-ce que c’est une bonne décision?

Stop ou encore?

On peut se poser ces questions dans le trajet du travail à la maison, dans le taxi, en montant les marches du restaurant, en sonnant à la porte ou dans la salle de bain en se lavant les mains! L’important c’est de prendre une décision intentionnelle et de s’accorder la minute de réflexion nécessaire à prendre sa température interne. Qu’on décide de boire ou pas, d’occasion en occasion, ces questions vont créer leur effet, initier des réflexions et amener à des constats. Ce sont ces constats qui sont un engrais pour changer durablement nos habitudes. Ce micro-moment court-circuite le réflexe et permet de prendre une réelle décision consciente. Cet exercice n’est pas que bon pour l’alcool et il est fort probablement ce qui se rapproche le plus du réel empowerment. 

Ces questions sont l’occasion parfaite pour enlever cette épine qui vous transperce le pied et avec laquelle vous pris l’habitude de marcher.

Ultimately, if there is something disturbing inside of you, you have to make a choice. You can compensate for the disturbance by going outside in an attempt to avoid feeling it, or you can simply remove the thorn and not focus your life around it. – Michael A. Singer, The Untethered Soul 

Court-circuiter l’habitude

Note importante: si vous avez un problème de consommation, demandez de l’aide. 

L’idée de base, c’est de court-circuiter les automatismes pour faire des choix intentionnés. Vous l’aurez compris. Donc, si vous décidez de boire, faites-le gaiement, intentionnellement et sans culpabilité. Et si vous ressentez l’appel de la sobriété ou de la modération, suivez-le même si vous êtes dans un certain inconfort. Ce nouvel inconfort deviendra votre norme autant que votre habitude de consommer l’est actuellement. Tout changement implique un inconfort, et tout inconfort est passager. 

L’univers a horreur du vide. Cette habitude de boire se transformera tranquillement en autre chose. Toutes ces options se présenteront à vous pendant votre phase de transition. Surfez-les, testez-les, notez-les et accordez-vous du temps pour changer.

Rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme.

Une petite tranche de vie

J’ai cessé de boire à quelques reprises pour des périodes prolongées. La première fois, j’avais passé le cap de la trentaine et je dois avouer que c’était l’une des plus hautes marches à gravir dans ma démarche de santé, après avoir arrêté de fumer à 24 ans. Ça m’a brutalement ouvert les yeux sur ma relation avec l’alcool. J’ai personnellement décidé d’en faire une copine d’occasion — de plus en plus occasionnelle – plutôt qu’une complice de vie. Cette transformation en profondeur s’opère depuis plus de 6 ans.

 

** Vous aurez remarqué que je n’ai pas mentionné les effets néfastes de l’alcool sur la santé, surtout sur la santé des femmes. Non pas qu’ils ne soient pas importants — ou affolants — mais en tant que coach de santé et guide de méditation, j’aime offrir une perspective d’action sur nos habitudes de vie et d’observation objective de notre monde intérieur. N’hésitez jamais à en parler à votre médecin si vous avez des questions ou si vous avez besoin d’aide. 

 

Photo par  Maksym Kaharlytskyi sur Unsplash

 

Pour poursuivre sa réflexion

  

Écrit par
Anne-Marie Archambault
Coach de santé & guide de méditation