Abuser du bon
Abuser du bon

Est-ce que j’ai faim?

Ai-je encore faim? Est-ce réaliste de manger tout ça? Ai-je envie d’engloutir toute cette nourriture? Trois questions à 100$ à se poser lorsqu’on se met à table pour le réveillon du 24 décembre et tous ceux qui s’enfilent jusqu’au 1er de l’An.

Anne-Marie_ROND

Ce petit guide du manger heureux durant le temps des fêtes vous est proposé par Anne-Marie.


Il y a quelque chose avec le rituel du temps des fêtes qui appelle à l’excès.
Le caractère festif, les discussions enflammées, les repas copieux et bien arrosés… Je ne sais pas pour vous, mais je me suis longtemps sentie happée par le il FAUT trop manger. Comme si c’était un passage obligé. « Si je ne termine pas chacun de mes repas avec le ventre bien gonflé et le bouton de pantalon qui veut exploser, je n’en aurai pas profité à 100%. » Et pourtant…

 

Je me questionne souvent face à notre relation avec l’excès, qui est souvent notre réponse face à l’abondance.

 

Il est très difficile de ne pas abuser de tout lorsque tout se présente en excès.
Manger un beigne lorsqu’il en a 50 sur la table? Un seul sandwich alors qu’il y en a encore des plateaux dans le frigo? Une seule portion alors que la dinde fait 20 livres? Pour certains, la réponse physiologique est directe et ils se retirent presque automatiquement lorsqu’ils en ont eu assez. Pour d’autres, il s’agit d’un combat très intense qui les amène à manger bien au-delà de la satiété… et du confort.

 

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Une piste de réponse face à cette complexe question à géométrie variable

 

Notre relation avec la nourriture est extrêmement chargée et elle vient jouer dans nos ancrages et nos racines les plus profondes. Elle est associée tant avec le plaisir que la nécessité d’en profiter, la peur d’en manquer, la relation avec l’abondance, le sevrage…

Comme une montagne russe, on monte, on monte, on monte… on atteint le climax du bonheur de se retirer de la table bien repu… et on aborde la descente abrupte vers une période de digestion beaucoup trop intense.

 

Le duo leptine & ghréline: un cocktail hormonal qui réveillonne avec vous

 

La leptine est l’hormone du STOP, je n’ai plus faim. Et pour lui laisser le temps de faire son chemin, il faut prendre des pauses. En déposant votre fourchette, poussant légèrement votre assiette et en vous retirant de la table (même si ce n’est que de quelques pouces) vous prendrez une distance entre vous et votre plat. Attendez quelques minutes. Si vous avez toujours faim, poursuivez le festin!

Si la leptine est responsable de la satiété, le travail de la ghréline est de déclencher l’appétit. Plusieurs études anciennes et récentes s’intéressent à la relation de ce duo hormonal avec l’obésité, et une observation associée à l’une d’entre elles a particulièrement attiré mon attention. Les chercheurs tentaient d’établir les fluctuations de la réponse hormonale entre les repas dits hédonistes et ceux qui ne visent qu’à combler la faim.

 

Définitions:
Un repas hédoniste: une table de buffet qui déborde de tous vos plats préférés.
Un repas qui comble la faim: un repas qui ne vous donne pas nécessairement envie de faire durer le plaisir outre la carence nutritionnelle qu’il vise à combler.

 

« In this study, researchers assessed eight satiated healthy adults, aged 21–33 years, feeding them each their personal favorite food and, later, a less-palatable food of equal caloric and nutrient value. Researchers periodically measured 2-AG and ghrelin levels. The plasma levels of ghrelin and 2-AG increased during hedonic eating, with the favorite foods, but not with non-hedonic eating. This increase suggests an activation of the chemical reward system, which overrides the body’s signal that enough has been eaten to restore energy.(…) »
Source: www.endocrine.org

 

En résumé: la grhéline aurait tendance à s’activer lorsqu’on mange un repas hédoniste. Cette réponse inhiberait la sécrétion de la leptine (hormone de la satiété) et le mangeur mange alors… jusqu’à l’explosion du bouton de pantalon.

 

Tu peux donc crier haut et fort à ton réveillon: c’est pas moi qui veut manger, c’est la ghréline qui m’oblige!

 

Blague à part, je suis convaincue que d’autres études expliquent plus en profondeur cette corrélation (et que d’autres la réfutent) mais ceci étant dit: arrêter de manger peut être une décision consciente qui va à l’encontre de ce que votre corps vous réclame. En haut de l’estomac, il y a votre cerveau. Utilisez-le à bon escient!

 

Quelques petits trucs pour apprivoiser l’alimentation consciente durant le temps des fêtes

 

  • Prendre conscience de ce que vous mangez et reprendre le contrôle de votre assiette.
    D’abord si possible, soyez à proximité lorsqu’on remplira votre assiette. Ensuite, regardez-la quelques secondes. Respirez. Aimez-vous tout ce qui se trouve dans cette assiette? Est-ce réaliste de penser que toute cette nourriture entrera dans votre beau petit corps? Avez-vous besoin de toute cette nourriture? Allez-vous en gaspiller? Regardez les couleurs, les textures. Approchez-vous et humer. Réajustez la quantité ou la composition si nécessaire. Souriez et dites-vous que ce sera exceptionnel. Je ne le répéterai jamais assez, mais ce temps de pause est nécessaire pour revenir dans son corps, prendre conscience de ce qui est sur le point de se passer, et à informer tout le monde impliqué dans le processus – de la bouche à l’intestin – que quelque chose se prépare.

 

  • Mastiquez.
    Êtes-vous du genre à prendre votre fourchette comme une pelle et à enfiler les bouchées en prenant à peine une respiration entre chaque voyage? Avez-vous déjà pris conscience du nombre de fois où vous mastiquez votre nourriture avant qu’elle ne commence son périple? Tout le processus de digestion se fait de manière inconsciente SAUF la mastication. Vous contrôlez cette partie du processus. Donnez-vous une chance. Mastiquez au moins 5-6 fois chacune de vos bouchées. L’enzyme amylase qui se trouve dans la salive pourra commencer le travail de la digestion des sucres, et le mélange sera beaucoup plus intéressant pour l’estomac, qui a comme travail principal de créer une bouillie assimilable par l’intestin… et ce, peu importe la grosseur des morceaux qui lui tombent dessus! Disons qu’on peut le comprendre de faire la grève une fois de temps en temps…

 

  • Finalement: l’abondance.
    Il est difficile de se retirer lorsqu’il y en a encore. On a si peur d’en manquer. Inconsciemment, on se dit qu’il faut ENCORE en profiter, comme si le buffet était un guichet automatique qui distribuait de l’argent à l’infini. Mais il faut savoir reconnaître le moment où l’abondance se transforme en excès. Et prendre une pause. Respirer. Sourire. Se dire que demain nous allons encore manger. Que c’est loin d’être terminé.

 

Appréciez la saveur de chacune de vos bouchées.
L’amour avec lequel tout ce festin a été préparé.
Le travail de tous ceux qui ont dû mettre la main à la pâte, de la pousse à l’assiette.
La chance que vous avez…

Et je vous promets que vous n’aurez pas envie de gaspiller.
Ou de vous faire violence à trop manger.

Il s’agit d’un processus très profond que de s’engager dans une alimentation plus consciente.
Et je vous invite à commencer à l’explorer tranquillement, gentiment et en toute curiosité.

 

Joyeuses fêtes et bon appétit!

 

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Crédit photo: The Apartment Therapy

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