À Volonté

AvecAnne-Marie
Archambault

juin 2016

Être bon en vacances

On court sa vie. Littéralement. Pas le temps de s’arrêter pour sentir les fleurs: il y a un temps à battre, un record personnel à établir, un bout de fierté à défendre.

« Je vais décrocher en vacances. » qu’on se dit, en se croyant très fort.
On les regarde venir dans le calendrier et on nourrit des attentes incroyables sur la switch qu’on arrivera à fermer, le fun qu’on aura, le temps précieux qui prendra son temps, la vie qui s’écoulera tranquillement.

Les vacances commencent. Et on y arrive pas. On ne décroche pas.

On se tape la tête avec le livre qu’on devrait lire, la ballade qu’on devrait faire, le soleil qui n’est pas au rendez-vous, les pensées zen qui devraient nous envahir, l’attitude des autres qui ne répond pas à nos attentes, la nôtre qui n’est pas toujours au top non plus, les grands moments de plénitude qui ne se pointent pas aussi souvent qu’on aurait besoin…

On défait nos valises en lendemain de veille de ses attentes.
(Pas mal pire qu’un lendemain de veille ordinaire, d’ailleurs.)

« La prochaine fois, les prochaines vacances, le prochain long weekend: je vais planifier tout ça autrement.
Je SERAI autrement.»

Mais la vérité, c’est qu’être bon en vacances requiert de la pratique.
Et pour y arriver, il faut avoir de la constance et décrocher moins longtemps, plus souvent.

 

OK, on fait ça comment?

Je n’ai pas la science infuse, mais j’ai quelques trucs éprouvés par mon hamster hyperactif. 

Capture d’écran 2016-06-09 à 10.57.17Crédit photo: Catherine Marois 

fleche_turquoise Prendre l’habitude de décrocher

On travaille 40h+ par semaine, 50 semaines par années (ou presque): on a de la pratique pour maintenir ce rythme de furie. Mais est-ce qu’on a autant d’entraînement derrière la cravate pour décrocher?  (Je ris avec vous présentement.)

D’autant plus que pour plusieurs d’entre nous, l’impossibilité du lâcher-prise est enracinée dans une angoisse de FAIRE qui est très difficile à désamorcer. Le hamster est toujours sur le 220 et on arrive très difficilement à lui faire prendre une pause. Et ce n’est pas parce qu’on est en ligne aux douanes dans l’attente de vacances ultra méritées que lui, le hamster, se sent d’attaque pour commencer sa méditation.

Prendre l’habitude de décrocher oblige chacun de nos hamsters à se calmer le pompon et à débrayer en douceur. Comme conduire manuel: il faut le faire 1000 fois, en pente, avec des gens qui te suivent de proche pour y arriver facilement, sans stress, pratiquement sur commande.

Comme pour un marathon de fun, il faut s’entraîner.
Et peu importe la méthode choisie, décrocher est une décision active bien avant d’être un état.

Parce que la plénitude ne tombe pas comme une averse: il faut apprendre à se mettre dans les conditions idéales pour qu’il se présente. Parfois il nous saute dans le visage sur le sommet d’une montagne, devant une mer qui s’étend à perte de vue, en canot sur un lac ou autour du feu avec les amis. Mais n’en reste pas moins que certaines conditions ont été créées pour susciter cette réaction en soi. La première étape pour apprendre à décrocher: savourer ces moments jusqu’à la dernière goutte chaque fois qu’ils se présentent. 

La deuxième étape: se mettre en disposition mentale pour décrocher. On doit décider que tout le reste nous est égal. On doit choisir activement – parfois 1000 fois par jour – de ne pas accorder de l’importance au reste. Pogner son esprit chaque fois qu’il s’évade dans un délire de multitasking et prendre les moyens pour se faciliter la vie. Fermer le téléphone. Fermer la télé. Fermer l’ordinateur. S’asseoir dehors. Prendre une grande respiration. Regarder les fleurs pousser et les nuages passer. Pas pour toujours: juste pour quelques minutes, pour apprendre à prendre l’habitude de décrocher.

Capture d’écran 2016-06-09 à 10.54.51Crédit photo: Catherine Marois

fleche_turquoise Décrocher à fond

« Rest as much as you can, while you can. »Matt Phippen

Au yoga, après une séquence infernale, cette petite phrase d’un prof que j’adore m’a marquée et je me la répète chaque fois que la vie m’impose un rythme plus lent. « Repose-toi donc pendant que tu peux Archambault au lieu de te lancer dans une autre mission impossible. »

Pour y arriver, il faut chasser les trois A: l’Angoisse, l’Anticipation, l’Attente.

Sans culpabilité, profiter des moments de repos qui se présentent sans avoir un plan de ménage du bureau, de muffins maison ou d’apprentissage d’une langue étrangère.

Aucune attente de productivité.
Aucune angoisse de réalisation.
Aucune anticipation de ce qui viendra après.

Mise en scène: 
Un petit 15 minutes de répit se présente au cours d’une journée ultra chargée.
Voilà une excellente occasion de mettre sa nouvelle passion pour le décrochage en pratique!
Prendre une marche pour se vider l’esprit. Se placer les mains sur les genoux et respirer au lieu d’aller sur Facebook ou de s’écraser sur le divan pour passer des heures sur Netflix. Se coucher sur le dos (oui, oui, sous le bureau s’il le faut ou dans la salle où se déploie un divan que personne n’utilise) et se concentrer sur des couleurs qui n’existent que dans sa tête.
Méditer, c’est ça. Pas besoin d’un gong, d’encens, d’un coussin ou d’un turban. 

Ralentir la cadence, trouver le dimmer de la lumière, apprendre à mettre ses limites et à profiter de ces instants pour se ressourcer pleinement.

Il y a de ces journées où tout défile à la vitesse de la lumière.
Alors les silences d’une conversations sont les seuls moments de répit.
Et encore: si on les prenait, on se rendrait compte qu’ils sont un excellent moment pour rassembler ses énergies, revenir à sa respiration, dénouer les tensions musculaires ou désamorcer ses frustrations.

Vraiment impossible?
C’est vous qui le dites. Moi je vous crois sur parole… mais permettez-moi d’en douter un peu quand même.
Décrocher est une question d’intention bien avant d’être une question de temps.

Capture d’écran 2016-06-09 à 10.49.45Crédit photo: Catherine Marois

fleche_turquoise Décrocher en toute situation

« What if ease, rest, receiving can just be allowed in, in any situation? Think of as little effort as possible. » – Leah Vineberg, Atterrisage Intérieur

Un petit texto de mon amie Leah, ma guide de méditation à distance de pouce, qui m’a fait atrocement de bien et que je me répète depuis comme un mantra.

Bouger le moins possible, se donner un minimum de trouble, marcher calmement, lentement, diminuer le flot de pensées. Faire le minimum. M-I-N-I-M-U-M. Pour se rendre à l’évidence que la lenteur imposée est très contre-intuitive dans le monde dans lequel on vit. N’est-ce là le but premier des vacances? De là l’importance de se pratiquer.

Capture d’écran 2016-06-09 à 10.48.34Crédit photo: Catherine Marois

Trucs pour décrocher moins longtemps, plus souvent

  • Se placer les deux mains sur l’abdomen et prendre 10 grandes respirations dans le métro, sur le divan, avant de dormir, avant de commencer la journée.
  • Trouver une chaîne de méditation sur YouTube ou ailleurs et s’y dédier, 5 à 10 minutes par jour.
  • Marcher dans un parc, en forêt, dans une rue avec nonchalance, sans but précis.
  • Tout arrêter pour manger, goûter, mastiquer, digérer.
  • Accorder de l’attention à sa routine de soin: prendre le temps de se badigeonner de crème, de se masser les jambes et le visage, de se brosser les cheveux, de s’exfolier sous la douche.
  • Tenir un petit potager ou avoir des plantes à la maison.
  • Ne pas ouvrir ses courriel après une heure déterminée, ne pas s’installer à son bureau en soirée.
  • Défendre activement ce droit à décrocher en mettant son cellulaire en « mode avion ».
  • Réserver une plage horaire à son agenda avec la mention « RIEN FAIRE » et ne rien faire pendant le temps prescrit.
  • Écouter de la musique apaisante dans les transports en commun: mantras, musique classique, chants zen.

 

Faisons-ce qu’il faut pour apprendre à devenir d’EXCELLENTS vacanciers.
On le mérite tellement. 


Crédits photo:
Catherine Marois est co directrice de création chez Akufen, en plus de cultiver ses talents de photographe incroyable et de vacancière exceptionnelle. Ses clichés sont plus grands que nature et laissent place à toute la magie du quotidien, des petits moments parfaits, croqués sur le vif pour exister pour toujours. Les photos de cet article ont été prises au Costa Rica et au Nicaragua. Visitez son site web, catherinemarois.com ou son Flickr pour une bonne dose de WOW.

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