À Volonté

AvecAnne-Marie
Archambault

juillet 2016

Et si je n’étais pas assez bonne pour être en santé?

Vous n’êtes pas seule à vous poser la question. Je me mouille.

Anne-Marie_ROND

(Dans ce texte, le masculin l’emporte sur le féminin.)

Est-ce que je suis assez granole?
Est-ce que je suis assez assidue?
Est-ce que j’en connais assez?
Est-ce que je serai capable de décoder le vrai du faux dans toute la bullshit contradictoire à laquelle je suis confrontée à tous les jours?
Est-ce que je vais être capable de me priver assez pour maigrir, sans développer ou raviver un trouble alimentaire?
Est-ce que je vais pouvoir maintenir ce rythme même cet été-de-weekends-infinis ou ce Noël-de-festivités-excessives?
Est-ce que quelqu’un m’apprendra un jour que je n’ai pas été assez bonne et que j’ai un vilain cancer?
Est-ce que je vais voir un jour ce chiffre sur la balance qui me prouvera que j’ai réussi?
Est-ce que ma quête d’être en santé est une incertitude éternelle, un fail avec lequel je devrai vivre toute ma vie, ayant échoué 1000 fois plutôt qu’une dans le passé?
Qu’est-ce qui me dit que cette fois, ce sera la bonne et que je peux me faire confiance? 

L’idée de se lancer dans une démarche de santé déclenche souvent un discours anxieux.
Cette cascade de questions-à-enchaîner-le-plus-rapidement-possible-sans-prendre-son-air est d’ailleurs une visite guidée dans ma tête il y a 10 ans, et une trame sonore que j’entends encore à l’occasion de périodes de stress intense ou de manque de sommeil chronique.

Entre les gens qui trouvent nos démarches extrêmes, et ceux qui nous délaissent parce qu’on est plate tout à coup.
Entre nos propres doutes d’y arriver et ceux que les autres nous pitchent dans la face.
Entre les moments de motivation extrême et de fonds de sacs de chips.
Les questions embrument le paysage.
Au centre, bien au focus, un sentiment: celui de ne pas être outillée pour prendre sa santé en charge.
De ne pas savoir par où commencer et de ne pas avoir les compétences nécessaires pour y arriver.

 

Une chasse au trésor sans trésor au bout

L’absence d’objectif réel et quantifiable rend l’épopée très… abstraite.
Parce que perdre 30 livres ne veut pas nécessairement dire « être en en santé ».
D’ailleurs, plusieurs diètes miracles et programmes d’exercices intenses laissent le corps dans un état catastrophique, même si le chiffre sur la balance a fait un saut en bungee.
L’objectif serait donc de « se sentir en santé » ET « d’être en santé ».
Le beurre et l’argent du beurre est notre seule voie de Salut.
Parce qu’il est très possible d’avoir l’air en santé et de ne pas l’être.
C’est comme troquer quatre 30 sous de vie misérable pour une piasse qui fait tout autant pitié: personne n’y gagne. Toute la mode de la beauté minceur-à-tout-prix et du skinny fat entre pile dans cette catégorie.
C’est comme les annonces de shampoing dans lesquelles on nous parle de cheveux d’APPARENCE saine. Personne ne dit que vos cheveux seront en santé, mais ils auront l’air. C’est bien tout ce qui compte, non?

Pour les hypocondriaques et les bibittes anxieuses (comme moi, fut un temps et encore une fois de temps en temps), cette machine à laver de questions sans réponse peut vraiment donner naissance à une course effrénée pour une santé parfaite.
Et à l’idée de la performance totale.

« Je vais être bonne, la meilleure, la fille la plus en santé que t’as jamais rencontré. »
La gagnante du concours.
Quand tu vas penser à LA SANTÉ, tu vas penser à moi.
Mais ça ne fonctionne pas comme ça.

PERSONNE ne peut être en santé, si ça implique de « virer fou avec ça ».

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En plus de la bonne méthode à trouver, il faudrait donc aussi chercher un semblant d’équilibre dans le processus.
Une chip pour 2 carottes? Un verre de vin pour 2 verres de kombucha? Un PM au parc pour 30 minutes de course?
C’est quoi le bordel d’équilibre? Quelqu’un l’a-t-il trouvé? C’est le moment de demander de l’aide.

 

Dissiper la confusion généralisée: une tâche sans fin

Viennent se combiner à ces réflexions cacophoniques une avalanche d’informations contradictoires d’intervenants infinis (réels ET virtuels) qui nourrissent cette anxiété collective à être en santé sans avoir de réponse claire sur la méthode.

Chaque recherche Google est plus paradoxale et contradictoire que la précédente.
Des résultats de recherche scientifique sont interprétés à toutes les sauces.
La confusion s’empare de nos meilleures intentions.
Seigneur, QUI détient la vérité?

Vous.
Vous détenez la vérité pour vous. 

J’étudie des dizaines d’heures par semaine pour de nombreuses années encore.
Je cumule les formations.
Je travaille sur une multitude de projets en santé.
Et j’ai encore peine à dénicher le vrai du faux, la ligne, le noir du blanc.
Même si on me demande à tous les jours de dresser cette ligne du bon et du mauvais, je défends cette ligne du flou avec vigueur.
Tout comme mes amis d’autres domaines qui travaillent en santé et en nutrition.

Le corps est une machine incroyablement mystérieuse que nos nombreuses années d’étude et de pratique n’arrivent qu’à survoler. Même si nous souhaitons tous qu’il en soit autrement, nous n’avons pas la science infuse. Nous avons la science, point.
Et même une science différente parfois.

 

Médecine traditionnelle, occidentale, alternative ou holistique, appelez-ça comme vous voulez: tous les professionnels de la santé ont le même objectif, soit que vous sortiez mieux de leur bureau qu’à votre arrivée.
Souvent malheureusement, le sentiment d’impuissance est partagé des deux côté de la clôture, entre le patient qui ne comprend pas et le professionnel qui cherche.
« It’s the blinds leading the blinds » comme ils disent en anglais, sauf qu’un groupe est moins aveugle que l’autre.

Assurément, il y a des métriques sur lesquelles on peut se fier pour avancer dans nos diagnostiques.
Les tests sanguins et hormonaux, le métabolisme, le style de vie.
Il y a des constantes, des grands ennemis de la santé et des trucs moins pires une fois de temps en temps.
On arrive de mieux en mieux à cartographier cette forêt dense et à comprendre là où l’écosystème est plus à risque.
Mais encore, il est parfois difficile de savoir comment le corps réagira suite aux traitements, qu’ils soient naturels ou non.

Alors si le patient n’a pas tous les outils et que le médecin ne sait pas tout, est-ce qu’on est assez bons collectivement pour être en santé?
Ma réponse, c’est oui.
Parce que D’INSTINCT, on sait.

 

Vox pop dans la rue:
Que doit-on faire pour être en santé?

  • Manger plus de légumes
  • Bouger
  • Bien dormir
  • Faire attention à son niveau de stress.

On SAIT comment faire.
Encore faut-il se donner les moyens.
Là encore, je pense qu’il s’agit davantage d’un état d’esprit que d’un kit de sport à 250$ ou de « tout sans gluten ».
C’est moins sexy, ça vend moins de bébelles, mais ça fait de TRÈS belles citations.

 

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4 façons de se donner les moyens de ses ambitions

  • s’écouter et ne pas avoir l’impression que chaque jour devrait être semblable au précédent
  • utiliser les moyens qui sont à notre disposition – pas ceux qu’on souhaiterait – même s’ils sont limités
  • en faire une priorité, ce qui veut dire: l’inscrire à son agenda avant toute autre activité et se commettre, pour vrai
  • bien s’entourer, de professionnels en entraînement, en nutrition, en santé mentale, en accompagnement, en soutien, en coaching.

« If you want to go fast, go alone. If you want to go far, go together. »
– Proverbe africain

 

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 Source: http://www.smallfryblog.com/2014/10/03/fryday-jenna-14/

 

Rien ne sert de se lancer dans une cure de jus, une detox de fou, un programme d’exercice aux aurores ou un régime végétalien. Entendez-moi bien: aucune de ces méthodes est mal en soit. Mais peut-être que ce n’est pas la méthode appropriée maintenant. Peut-être un jour, peut-être maintenant, peut-être jamais.
Je veux dissiper le brouillard: vous n’avez pas besoin de commencer par là.
Mais simplement à commencer à mettre en pratique ce que vous savez déjà.
Arrêter de collecter les informations et s’atteler à la tâche – avec les moyens du bord s’il le faut.
Ayez confiance: le reste suivra en temps et lieux.

Je suis d’avis que l’idée en santé, ce n’est pas d’aller vite, mais d’aller loin.
Difficile dans notre esprit de performance de se dire qu’on doit ralentir la cadence pour mieux se rendre.
Il faut le choisir à tous les jours.

Il n’y a pas de raccourci.

Crédit photo: Le magnifique Jorge Camarotti, accompagné d’un beauty crew deluxe composé de Léonie Lévesque au maquillage-coiffure et la styliste Catherine Théroux de June Vintage. #blessed
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